Le Travail

Le Travail
Qu'est-il plus important : ne pas faire du mal, ne pas se créer des ennemis ou accomplir sa tâche ? Les gens actifs ne se préoccupent jamais des problèmes fondamentaux ; ils ne s'intéressent qu'à leur activité, qui produit un bien superficiel et un mal profond. Mais si je puis me permettre de poser la question : pourquoi attachez-vous une telle importance à une tâche déterminée ? Pourquoi tenez-vous tant à cette tâche ? N'est-ce pas parce qu'elle vous procure une grande joie. AInsi vous ne vous intéressez pas à la tâche elle-même, mais au profit que vous en retirez. Cela vous rapporte peut être pas d'argent, mais vous y trouvez le bonheur. De même que d'autres trouvent , en sauvant leur pays ou leur parti, la puissance, le prestige et une position sociale, vous trouvez du plaisir à accomplir votre tâche ; un autre trouve de grandes satisfactions, qu'il appelle une félicité, à servir son sauveur, son gourou, son maître, et vous, vous trouvez du plaisir dans ce que vous appelez une oeuvre altruiste. En réalité ce n'est ni le pays, ni la tâche ni le sauveur qui est important à vos yeux, mais ce que vous en retirez. C'est votre propre bonheur qui vous importe, et la tâche que vous vous êtes choisie vous permet d'obtenir ce que vous cherchez. Ce ne sont pas les gens que vous êtes censé aider qui vous intéressent ; ils ne sont que les instruments de votre bonheur. Et evidemment les incapables, ceux qui vous gênent dans votre tâche, sont blessés ; car c'est le travail qui importe, le travail qui est votre bonheur. Voilà le fait, brutalement exposé, mais nous déguisons tous les faits sous des mots ronflants tels que service, patrie, paix, Dieu, et ainsi de suite.
Ainsi si vous permettez d'aller au fond des choses, le fait que des gens se trouvent blessés par l'éfficacité de votre travail qui vous procure le bonheur ne vous touche pas réellement. Vous êtes heureux d'accomplir une certaine tâche, et cette tâche, quelle qu'elle soit, est vous même. Vous ne vous souciez que de trouver le bonheur, et cette tâche vous en donne les moyens ; par conséquent c'est la tâche qui prime tout, et naturellement vous êtes éfficace, impitoyable, pour la cause qui vous procure le bonheur. Ainsi vous ne vous souciez pas de blesser les gens, de vous faire des ennemis. Vous avez cherché le bonheur et vous l'avez trouvé, mais toujours au prix du conflit et de l'antagonisme ; et maintenant, pour la première fois peut-être vous regardez les faits en face par vous même. Qu'allez-vous faire ? N'est-il pas possible de considérer votre travail d'une manière différente ? N'est-il pas possible d'être heureux et de travailler plutôt que de chercher le bonheur dans le travail ? Lorsque nous utilisons le travail ou les gens comme un moyen d'atteindre un but, il est évident que nous ne pouvons avoir aucune relation, aucune communion ni avec le travail ni avec les gens ; et ainsi nous sommes incapables d'amour. L'amour n'est pas un moyen de parvenir à une fin, il est sa propre éternité. Lorsque je me sers de vous et que vous vous servez de moi, et c'est cela que l'on appelle généralement les relations, nous n'avons d'importance mutuelle que dans la mesure où chacun est un moyen en vue d'autre chose ; et ainsi nous n'avons en réalité aucune importancel'un aux yeux de l'autre. De cette situation mutuelle il ne peut que sortir que du conflit et de l'antagonisme.
Le travail est-il la chose la plus importante ? Sinon quelle est la chose importante ?
Pourquoi n'est-ce pas clair ? La clarté est-elle une affaire de temps, ou du désir de voir ? Le désir de ne pas voir disparaîtra-t-il de lui même petit à petit ? Votre manque de clarté n'est-il pas dû au simple fait que vous refusez encore cette clarté qui bouleverserait tout l'édifice de votre vie quotidienne ? Si vous prenez conscience du fait que vous remettez délibérément à plus tard cette clarté en vous, la clarté ne se fait-elle pas immédiatement ? C'est ce refus de voir clair qui provoque et entretient la confusion.
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# Posté le samedi 15 mars 2008 06:56

La colère

La colère
La colère a ceci de particulier qu'elle vous isole ; comme le chagrin, elle vous retranche du monde, et vous fait perdre le sens des relations humaines. La colère a la force et la vitalité passagères de ce qui est isolé. Il y a un étrange désespoir dans la colère ; car l'isolement est désespoir. La colère que font naître la déception, la jalousie, le besoin de blesser, procure un soulagement agréable dans la mesure où elle est une justification de soi. Nous condamnons les autres, et cette condamnation nous justifie à nos yeux. Si nous n'adoptons pas telle ou telle attitude, qu'il s'agisse de justification ou d'humiliation, que sommes-nous ? Nous cherchons par tous les moyens à affirmer notre personnalité, et la colère, comme la haine, est un des moyens les plus faciles. Le simple mouvement d'humeur, une flambée de colère vite oubliée, est une chose ; mais la colère délibérément mûrie et qui cherche à blesser et à détruire est tout autre chose. Un mouvement d'humeur peut avoir une cause physiologique que l'on peut déceler et à laquelle on peut aisément rémédier ; mais la colère résultant d'une cause psychologique est beaucoup plus subtile et beaucoup plus difficile à traiter. La plupart des gens n'attachent pas une grande importance à la colère et leur trouve facilement des excuses. Pourquoi ne nous mettrions-nous pas en colère lorsque nous subissons un affront ou lorsque nous assistons à des scènes qui nous révoltent ? Ainsi nous trouvons des justifications à notre colère. Il ne nous arrive jamais de dire que nous sommes en colère et de nous en tenir là : nous nous lançons dans de savantes explications sur ses origines. Nous ne disons jamais simplement que nous sommes jaloux ou fâchés, mais nous justifions ou nous expliquons notre jalousie ou notre ressentiment. Nous demandons comment il peut y avoir de l'amour sans jalousie, ou bien nous disons que les agissements de telle personne nous ont déplu, et ainsi de suite.
C'est l'explication, la formulation, silencieuse ou exprimée, qui entretient la colère, qui l'amplifie et l'enracine. L'explication, muette ou exprimée, nous empêche de nous découvrir tels que nous sommes : elle se dresse comme un écran, comme un bouclier. Nous voulons qu'on nous flatte, qu'on nous décerne des éloges, nous attendons quelque chose ; et lorsque cette chose n'a pas lieu, nous sommes déçus, nous éprouvons de l'amertume et de la jalousie. Alors, avec violence ou douceur, selon notre tempérament, nous bâmons quelqu'un d'autre ; nous disons que c'est l'autre qui est responsable de notre amertume. Vous avez beaucoup d'importance parce que mon bonheur, ma situation ou mon prestige dépendent de vous. C'est grâce à vous que je peux éprouver des satisfactions, et c'est pour cela que vous avez une telle importance à mes yeux ; je dois vous ménager, je dois vous posséder. Grâce à vous, j'échappe à moi-même ; et quand on me rejette en face de moi-même je me mets en colère car j'ai peur de ce que je suis. La colère prend des formes diverses : déception, irritation, amertume, jalousie, etc...
La colère rentrée, qui est le ressentiment, appelle son antidote, le pardon ; mais le fait de refouler ses colères est beaucoup plus significatif que le pardon. Le pardon n'est pas nécéssaire lorsque la colère n'a pas été mise en réserve. Le pardon est éssentiel s'il y a ressentiment ; mais si vous vous libérez de la flatterie comme du sentiment de l'injustice, sans la dureté de l'indifférence, vous arrivez à la miséricorde, à la charité. On ne peut pas se défaire de la colère par l'action de la volonté, car la volonté appartient à la violence. La volonté résulte du désir, de l'envie d'être ; et le désir est par nature agressif, dominateur. Etouffer la colère par la volonté, c'est transférer la colère sur un autre plan, en lui donnant un autre nom ; mais cela appartient encore au domaine de la violence, pour se libérer de la violence, c'est tout à fait différent de la pratique de la non violence, il faut qu'il y ait compréhension du désir. Il n'y a pas d'équivalent spirituel du désir ; il ne peut être supprimé ou sublimé. Il doit y avoir lucidité silencieuse et sans choix du désir ; et cette lucidité passive est la perception directe du désir sans la présence d'un observateur pour lui donner un nom.
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# Posté le vendredi 14 mars 2008 17:46

Vivre, c'est être vulnérable, se renfermer c'est mourir

Vivre, c'est être vulnérable, se renfermer c'est mourir
Nous sommes jamais seuls ; nous sommes entourés par les gens et par nos propres pensées. Et même quand les gens sont loin, nous voyons les choses à travers l'écran de nos pensées. Très rares sont les moments ou la pensée ne fonctionne pas. Nous ignorons ce que c'est que d'être seul, de n'être plus soumis aux associations, à la continuité, aux mots et aux images. Nous sommes solitaires, mais nous ne savons pas ce que c'est que d'être seul. La douleur de la solitude remplit nos coeurs et l'esprit recouvre tout par la peur. La solitude, cet isolement profond, est l'ombre qui assombrit nos vies. Nous faisons n'importe quoi pour y échapper, et plongeons tête première dans toutes les formes de fuite, mais elle nous poursuit et ne nous quitte pas. L'isolement caractérise notre forme de vie ; il est rare que nous soyons en fusion avec quelqu'un, car au fond de nous-mêmes nous sommes brisés, déchirés et à vif. Nous ne sommes ni complets ni entiers et il n'est possible d'être en fusion avec quelqu'un à partir du moment où l'intégration intérieure a eu lieu. Nous avons peur de la solitude car elle nous révèle notre incapacité et la pauvreté intérieure de notre être ; mais c'est la solitude qui cicatrise la plaie béante de l'isolement. L'esprit isole, sépare et interdit la communion. On ne peut rendre l'esprit complet ; cela n'est pas possible car cette tentative est elle-même un processus d'isolement, cela fait partie de cette solitude que rien ne peut masquer. L'esprit est le produit de la multitude et ce qui a été assemblé n'est jamais seul. La solitude n'est pas un produit de la pensée. C'est seulement quand la pensée est totalement immobile que le solitaire peut rejoindre la solitude.
Pourquoi insister tellement sur le fait d'être en paix ? Et pourquoi en faire un problème ? Le fait de réclamer la paix n'est-il pas en soi un conflit ? Permettez-moi de vous demander ce que vous voulez au juste. Si vous voulez qu'on vous laisse tranquille, et que rien ne vienne troubler votre paix intérieure, pourquoi alors vous laisser atteindre ? Il est tout à fait possible de fermer toutes les portes et fenêtres de son être, de s'isoler et de vivre en reclus. Nous cherchons presque tous à nous entourer de murs afin d'être invulnérables, mais il y a malheureusement toujours une brèche par où s'infiltre la vie. Vous avez passé votre vie à vous défendre, n'est-ce pas ? Ce qui nous intéresse, au fond, c'est de découvrir comment fermer toutes les ouvertures et non pas de savoir comment vivre sans la peur et sans la dépendance. Nous pensons vraiment trouver la paix en cherchant la sécurité derrière le mur de nos peurs et de nos espoirs. Etant dépendant, nous voulons posséder ce dont nous dépendons. Toutes les relations que nous ne pouvons dominer nous font peur et c'est pourquoi nous les évitons. Plus nous nous défendons, plus nous sommes attaqués, plus nous cherchons la sécurité et moins nous la trouvons. Plus nous réclamons la paix, plus le conflit s'étend, et plus nous demandons moins nous obtenons. Nous tentons de nous rendre invulnérable, inebranlable, intérieurement hors d'atteinte, sauf pour une ou deux personnes et nous avons fermé toutes portes devant la vie. C'est un suicide au ralenti. Voir le vrai dans le faux est le début de la sagesse, et voir le faux en tant que faux est la forme la plus élevée de la compréhension. Ce n'est qu'en comprenant le faux en tant que faux qu'il sera possible de s'en libérer
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# Posté le samedi 01 mars 2008 05:14

La puissance

La puissance
La richesse et la pauvreté sont tous deux un esclavage. Celui qui a conscience de sa pauvreté tout comme celui qui a conscience de sa richesse est le jouet des circonstances. Ils sont tous deux corruptibles car ils recherchent tous deux ce qui corrompt : la puissance. La puissance est plus forte que la richesse et que les idées. La richesse et les idées donnent la puissance, mais elles peuvent être rejetées, tandis que le sens de la puissance reste. Ce sentiment de puissance peut apparaître dans une vie simple, dans la vertu, dans le parti, dans le renoncement ; mais ces moyens ne sont que substitution et ne doivent pas faire illuison. Le désir d'une position sociale, le désir de prestige et de puissance. La puissance que l'on peut obtenir par l'agression ou l'humilité, par l'ascétisme ou la culture, par l'exploitation ou l'abnégation a un caractère de persuasion très subtil et presque instinctif. La réussite est une forme de la puissance, et l'échec n'est que la négation du succès. Etre puissant, réussir, c'est être servile, et la servilité est la négationde la vertu. La vertu délivre, mais ce n'est pas une chose que l'on gagne. Toute réalisation de l'individu ou de la collectivité, devient un moyen de puissance. Le succès dans ce monde, et la puissance que donne la maîtrise et l'abnégation de soi, doivent être évités, car elles déforment la compréhension. C'est le désir de réussir qui empêche l'humilité ; et sans humilité, comment peut-il y avoir compréhension ? L'homme qui réussit devient dur, renfermé ; il est gonflé de sa propre importance, encombré de ses responsabilités, de ses réalisations et de ses souvenirs. Il faut être libre de responsabilités comme de réalisations, car celui qui est encombré perd de son agilité, et il faut avoir l'esprit agile et souple pour comprendre. Celui qui réussit ne connait pas de repos, car il est incapable de connaître la véritable beauté de la vie qui est amour.
Le désir de réussite est le désir de domination. Dominer c'est posséder, et la possession mène à l'isolement. C'est cet isolement que la plupart d'entre nous recherchent, par le nom, les relations, les oeuvres, les idées. L'isolement donne la puissance, mais la puissance engendre l'antagonisme et la douleur ; car l'isolement est le produit de la peur, et la peur met fin à toute communion. La communion est relation : et si plaisante ou pénible que soient les relations, elles contiennent la possibilité d'abnégation de soi. L'isolement ramène au moi, et toutes les activités du moi provoquent le conflit et la douleur.
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# Posté le jeudi 28 février 2008 09:17

Modifié le jeudi 28 février 2008 09:30

La sécurité psychologique

La sécurité psychologique
Comme nous sommes étranges ! nous allons chercher très loin ce que nous avons sous la main. La beauté est toujours là-bas, jamais ici ; la vérité n'est jamais chez nous, mais toujours ailleurs. Nous allons à l'autre bout du mode pour trouver le maître, et nous ne connaissons pas le serviteur ; nous ne comprenons pas les petites choses de la vie quotidienne, les joies et les peines de chaque jour, mais nous nous lançons à la recherche du mystérieux et du caché. Nous ne connaissons pas, mais nous voulons suivre et servir celui qui promet une récompense, un espoir, une utopie. Tant que nous serons dans la confusion, tout ce que nous choisirons le sera aussi dans la confusion. Nous ne pouvons rien voir directement tant que nous sommes à demi aveugles ; et ce que nous percevons est toujours partiel et n'est donc pas réel. Nous savons tout cela, et pourtant nos désirs, nos appétits sont si puissants qu'ils nous jettent toujours dans les illusions et les douleurs perpétuelles. C'est la croyance au maître qui crée le maître, et l'expérience est façonnée par la croyance. Croire en un mode d'action défini, ou en une idéologie, finit par faire venir ce que l'on désirait, mais au prix de quelles souffrances ! Si un individu a des capacités, la croyance devient alors un puissant instrument entre ses mains, une arme plus dangereuse qu'un fusil. Mais nous préférons nos croyances, nos dogmes ; ils nous réchauffent, ils promettent, ils encouragent. Si nous comprenions la façon dont agissent nos croyances et pourquoi nous tenons tant à elles, l'une des principales causes de l'antagonisme disparaîtrait.
Le désir d'obtenir, pour soi ou pour un groupe, conduit à l'illusion et à l'ignorance, à la destruction et à la douleur. Le désir ne porte pas seulement sur un nombre toujours croissant de satisfactions physiques, mais aussi sur la puissance : puissance de l'argent, du savoir, de l'identifiction. Désirer davantage, c'est faire naître le conflit et la douleur. Nous éssayons d'échapper à cette douleur par toutes sortes de tromperies vis-à-vis de nous-même, de refoulements, de substitutions et de sublimations ; mais le désir n'en continue pas moins son oeuvre, à un niveau différent peut-être. Quel que soit le niveau où opère le désir, il engendre toujours le conflit et la souffrance. Après tout la plupart d'entre nous désirent : être en sécurité. Etre perdu avec les autres est une forme de sécurité psychologique ; s'identifier à un groupe ou à une idée, profane ou spirituelle, c'est se sentir en sécurité. C'est pour cela que nous nous raccrochons presque tous au nationalisme, même si nous voyons qu'il n'apporte qu'un peu plus de destruction et de misère ; c'est pour cela que les réligions organisées ont un tel empire sur les gens, alors même il est bien évident qu'elles ne font que diviser et créer plus d'antagonismes dans le monde. Le désir de sécurité individuelle ou collective engendre la destruction, et le désir de sécurité psychologique fait naître l'illusion. Notre vie et illusion et douleur avec de rares instants de clarté et de joie, aussi accueillons-nous avec enthousiasme toute promesse de havre.
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# Posté le jeudi 28 février 2008 08:36