Mais peut-on atteindre la réalité par des contrôles ou des sanctions portant sur des activités extérieures ? Certes, il est nécéssaire de mener une vie simple et de ne pas rechercher le confort, mais cela suffit-il pour ouvrir la porte à la réalité ? Le goût du confort et la poursuite du succès sont d'inutiles fardeaux qui encombrent l'esprit et le coeur, et qui empêchent d'avancer aisément : mais pourquoi attachons-nous tant d'importance à nos gestes et à notre comportement ? Quel besoin avons-nous d'extérioriser nos intentions ? Est-ce par manque d'assurance ou par souci de l'opinion des autrui ? Pourquoi voulons-nous être persuadé de notre intégrité ? Tout ce problème ne se réduit-il pas au désir que nous avons d'être persuadés de l'importance de notre devenir ? Le désir d'être est le commencement de la complexité. Poussés par le désir sans cesse croissant d'être, intérieurement et extérieurement, nous accumulons ou renonçons, cultivons ou refusons. Constatant que le temps engloutit toutes choses, nous nous raccrochons à l'intemporel. Cet éffort pour être ceci ou n'être pas cela, cette lutte que nous menons pour nous rattacher à cela ou nous détacher à cela, ne peut jamais trouver son accomplissement par une discipline ou des pratiques d'aucune sorte ; c'est la compréhension de cette lutte qui nous libèrera, naturellement et spontanément, de tous les conflits intérieurs et extérieurs. On atteint pas la réalité par le détachement ; il n'existe aucun moyen qui permette de l'atteindre. Tous les moyens et tous les buts que l'on peut se proposer d'atteindre sont des formes de l'attachement et elles doivent cesser pour que la réalité soit.